Les choses ont une apparence, c’est d'ailleurs à cela qu’on les reconnait. Tout le reste n'est peut être que spéculation. Partant de ce constat trivial, je me satisfait de la substance des choses, c'est à dire des impressions qu'elles me laissent. Mes installations ont pour objectif de susciter une satisfaction comparable en produisant des impressions, pures ou par l'intermédiaire de dispositifs simples et souvent parodiques.

En effet, les procédés de simulation (perspective, photographie, jouets optiques, cinéma, 3D, virtualité etc.) ne font que travestir le réel et le plaisir que l'on retire des expériences visuelles qu'ils proposent tient moins à leur caractère illusionniste (hyperréaliste) qu'à leur imperfection et la nostalgie qu'on y attache. Au lieu de désenchanter le réel, ils lui ajoutent des sensations nouvelles : un grain particulier, une trame, un filtre, une tonalité, une définition, des artéfacts, un mouvement... Un cachet spécifique aux technologies employées.

Poussant ce constat jusque dans ses derniers retranchements, mes travaux sont, soit le résultat, soit la démonstration d'un dépouillement par étapes successives, aboutissant à une sensation optimisée (ou un reliquat absurde selon le point de vue). Comme si l'on pouvait isoler la sensation de son contexte en ne conservant, par exemple, de la photo que le grain, de la Joconde que la commissure...

Prenant parfois la forme de sculptures pseudo-techniques, mes installations sont comparables aux similis postes radio façonnés par les desservants du culte du cargo. Ce n'est pas la technique qui me fascine mais son caractère esthétique et magique.

Que s'attend-on à trouver dans ces boites ? Une galaxie ? Une image de galaxie ? Non, ce sont des images d'images. Même des images d'images d'images... sur lesquelles les différentes étapes de captation ont imprimé leurs empreintes successives. Des reflets, des halos, des pixels... autant d'aberrations du point de vue de la réalité qu'elles décrivent mais qui en font aussi le charme objectif.

Que regarde-t-on au juste ? Les sujets convoqués ne le sont que pour susciter une attente et mieux la déjouer. S'agit-il d'un magazine érotique ? De musiciens sur scène ? D'écrans de portable ? Ou bien de taches, de traces, de formes plaisantes ?

En définitive, ce n'est pas le monde qui est décrit ici, mais ce qui le distingue de son imagerie. Pas LE monde mais UN monde subjectif reconstitué à partir de fragments corrompus. Des assemblages de matières, de formes, de couleurs donnant lieu à un jeu d'équivalences absurdes. Le magazine Playboy par exemple, contient la même quantité de couleurs, présente le même format, le même nombre de pages etc. que l'original mais témoigne pourtant d'une incompréhension fondamentale, peut être aussi importante que celle qui sépare toute représentation de son modèle.

Travaux ︎                         Infos ︎                     Contact ︎